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Vivez-vous à Nombriland ?

Xavier de Fouchécour, Président de Bastille, évoque la question de l’ « ego-territorialité » dans les démarches de communication publique ou de marketing territorial.

Billet paru dans Brief Magazine – Avril 2017

Dans la communication en général et la communication publique en particulier, il existe une force obscure et pourtant très prégnante, obstacle majeur à la transformation, que l’on subit plus fortement dans les services de communication, et dont on ne parle jamais sauf en soupirant, en aparté avec quelques collègues devant la machine à café. Cette affection chronique pourrait s’intituler ego-territorialité. Ou le syndrome de la gare de Perpignan, dont Dali affirmait qu’elle était le centre du monde.

Les symptômes de cette pathologie sont nombreux :

  • croire que son territoire attirera les entreprises les plus rentables et des hordes de touristes dépensiers juste parce que c’est le sien,
  • imaginer que ses habitants ou ses électeurs ne franchissent jamais les frontières administratives du territoire où ils votent,
  • considérer que tous les autres territoires sont des rivaux dans cette guerre sans merci pour attirer des visiteurs nécessairement enthousiastes, des entrepreneurs forcément dynamiques et autres startuppers de l’Internet,
  • dépenser beaucoup d’argent public pour lancer et faire vivre une marque de territoire dont les contours ne correspondent à aucune logique d’usage et d’offre, donc juste motivée par des enjeux électoraux ou de rivalité politique,
  • croire qu’être élu est la preuve indubitable qu’on est tout de même quelqu’un d’exceptionnel, forcément au dessus de la mêlée, et qu’il est donc surtout urgent de ne pas changer grand chose pour que cet état perdure,
  • vouloir se mêler de tout car “on sait”, ou de rien car rien n’est assez digne de soi,
  • considérer que le territoire se réduit à sa seule personne, au point qu’aucun collaborateur n’ose proposer d’autre manière de voir et de faire, par peur d’être rabroué.

 

La vanité — puisque c’est bien d’elle que nous parlons —  est un mal sournois qui nous menace tous : on la voit facilement chez les autres, par forcément chez nous.  Comme l’écrit Nietzsche : « La vanité d’autrui ne va contre notre goût que quand elle va contre notre vanité. » Mais ses conséquences sont forcément plus funestes lorsque l’on est une personne de pouvoir, car alors son ego s’élargit à celui du territoire tout entier.

La vanité est différente de la fierté, laquelle consiste à se reconnaître les qualités que l’on possède réellement — et juste celles-là — et, à partir de là, travailler pour les améliorer voire en acquérir progressivement de nouvelles. Et c’est ainsi que les communicants publics seront peut-être amenés un jour à devenir… psychologues de territoire.

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